
La Gaule, 2 millions de sangliers !
Dans de nombreux départements, le nombre de sangliers a littéralement explosé. Les «bêtes noires» sont partout, à la campagne… comme en ville. Et le coût de leurs dégâts, pour les cultures, dépasse les 60 millions d'euros annuels.

Poussée par les chiens, cette impressionnante compagnie de sangliers semble figée sur le chemin, apparemment incapable de prendre la fuite. Un comportement étrange pour un animal réputé pour sa ruse et sa combativité. STEPHANE BREGEON
Chasseurs vs agriculteurs : La prolifération de sangliers n’amuse plus personne
FAUNE SAUVAGE - La population de sangliers augmente en flèche en France, et avec elle les dégâts causés à l’agriculture. La situation devient ingérable pour les chasseurs qui paient les indemnisations. Des hivers plus doux, des glands et du maïs en abondance: les sangliers abondent en France, au grand dam des paysans dont ils ravagent les récoltes et des chasseurs qui affirment ne plus pouvoir supporter les dégâts.
- La prolifération de sangliers en France cause des dégâts croissants à l’agriculture, l’animal s’aventurant régulièrement dans les champs où il piétine les récoltes et dégrade les cultures. Coût du préjudice ? Autour de 60 millions d’euros en 2018, et sûrement bien plus en 2019.
- Le sujet est source de tensions entre agriculteurs et chasseurs. Les premiers accusent les seconds d’avoir favorisé, pendant des années, la prolifération de leur gibier préféré.
- De l’autre côté, les chasseurs tirent la langue et disent ne plus pouvoir payer les indemnisations, une tâche qui leur incombe depuis 1968. Ce mercredi, la Fédération nationale des chasseurs réunit toutes les parties prenantes, y compris des ministres, pour tenter de trouver des solutions.
Des blés piétinés, des terres retournées, du maïs arraché, des trous ici et là… En prenant de la hauteur, on peut suivre à la trace le parcours d’une compagnie de sangliers dans un champ de céréales, l’une de leurs friandises favorites. Les photos de leurs dégâts sont régulièrement postées sur Twitter par des agriculteurs passablement énervés de perdre une partie de leur récolte ou de devoir semer à nouveau sur leurs parcelles.
Le sanglier, une "espèce dommageable" en constante augmentation
AGRISUR Infos
Selon une étude européenne publiée par l’Organisation des Propriétaires Européens, le nombre de sangliers dans les pays européens a été multiplié par 4 à 5 en moyenne par pays durant les 20 dernières années, le taux de croissance d’une population pouvant atteindre 100% par an selon la disponibilité de la nourriture et les conditions climatiques.
Ce sont principalement les pays d’Europe de l’Est, et l’Italie du Nord, qui sont affectés par la prolifération des sangliers. Nous nous plaignons en France, à juste titre, et pourtant, on dénombre 3 fois plus de sangliers dans certaines régions d’Italie, et deux fois plus en Allemagne et en République Tchèque.
Le rapport estime qu’en France, la population de sangliers est de 1,6 par km2. Cela représente plus de deux million d’individus sur le territoire national, principalement concentrés dans le centre et l’Est du pays, et sur le pourtour méditerranéen. Les chasseurs prélèveraient chaque année une bonne moitié de ce peuplement, et ne réussissent pas malgré tout à contenir son constant développement depuis 20 ans.

Une explosion démographique spectaculaire
La hausse du nombre de sangliers est la conséquence de plusieurs facteurs cumulés :
- Facteurs alimentaires. Une bonne nourriture (glands, maïs…) en cas d’alimentation automnale très riche (forte glandée) qui avance la période des chaleurs et des naissances, hâte la puberté des jeunes laies et augmente la productivité ;
- Le sanglier se reproduit rapidement (1 portée par an à 3 portées pour 2 ans, de 5 marcassins en moyenne par laie), exceptionnellement certaines femelles peuvent avoir deux portées dans la même année (hiver et fin d’été) ;
- Le sanglier n’a pas de prédateur excepté le loup, dans certaines régions, et l’homme bien entendu ;
- Facteurs physiques (lumière, climat…), un climat doux est favorable. Les hivers sont devenus moins rigoureux, les sangliers ne meurent plus de froid, atténuant ainsi la sélection naturelle.
- La tempête de 1999 a aussi beaucoup joué dans la démographie du sanglier : les enchevêtrements d’arbres leur ont formé des abris où les chasseurs ne pouvaient pas les atteindre.
- Ajouté à cela, l’étude a pu noter une augmentation de la production de fruits forestiers (glands, châtaignes, faines), qui fournit une nourriture abondante, dans une forêt qui, contrairement à une idée reçue, continue de croître en France.
Les facteurs naturels ne sont pas les seuls à mettre en cause :
- Les bois et forêts sont colonisés par l’homme. Non seulement via la sylviculture. Mais également par l’essor d’activités citadines et touristiques : promenades, jogging, cueillettes, courses d’orientation… Or le sanglier est un animal craintif, surtout de l’homme.
- Les activités humaines ont aussi contribué à pousser les sangliers vers les champs. Trois des plantes préférées des sangliers (le blé, le colza et la moutarde) ont connu une forte expansion ces dernières années. Les sangliers étant des animaux opportunistes, ils ont tôt fait de s’adapter.
- Facteurs humains (chasse qui influe sur la structure d’âge de la population femelle "meneuses" : lâchers de sujets d’enclos plus ou moins mâtinés1 qui contribuent au dérèglement des cycles).
Ces phénomènes, liés à l’emblavement des cultures qui a augmenté et varié le nombre de territoires sur lesquels sont présents les sangliers, ont contribué au fait que les champs sont devenus le nouvel habitat naturel des sangliers : ils y trouvent leur nourriture préférée (le maïs pâteux / laiteux, qu’ils préfèrent de loin aux mais en grains de l’agrainage et aux fruits forestiers) en abondance et sont moins souvent dérangés par les chasseurs, qui ne peuvent pas toujours les poursuivre sur les terres agricoles.
En plus des périodes d’emblavement, qui leur procurent un repaire d’avril à janvier, les sangliers trouvent également refuge dans les réserves naturelles durant les périodes de chasse, mettant en danger la faune et la flore à l’origine du classement du territoire en zone naturelle et ravageant les champs aux alentours.
La chasse, aussi étonnant que cela puisse paraitre, est également un vecteur de la hausse du nombre de sangliers : les périodes de chasse sont devenues plus courtes et on procède au tir dit éthique, visant à ne pas prélever les jeunes laies et les marcassins.
Si en forêt, le sanglier peut être utile, notamment dans la lutte contre les insectes nuisibles aux plantations et pour l’aération des sols, il n’en reste pas moins que sa surpopulation cause des dommages considérables aux agriculteurs, et sont la cause de nombreux accidents de la circulation. Dans de nombreux départements, le sanglier est inscrit sur la liste des animaux classés comme nuisibles.
Il serait temps ; la surpopulation des sangliers les pousse désormais à coloniser des grandes villes européennes, telles que Pau, Toulouse ou Angoulême. Selon l’étude, on en dénombrerait jusqu’à 8000 individus dans la seule agglomération de Berlin, et ils n’hésitant plus à s’aventurer en plein jour dans les parcs et cours d’immeuble…
mâtinés1 : Provenir du croisement d'un animal de souche différente ; n'être pas de race pure.

La surpopulation de sangliers, une situation devenue ingérable ?
France Soir - Publié le 20/07/2020
Selon tous les acteurs concernés, des chasseurs aux agriculteurs, des élus locaux aux associations écologiques, le sanglier est devenu un problème majeur en France.
Les sangliers sont désormais beaucoup trop nombreux dans l’Hexagone, et avec une population estimée à 2.5 millions d’individus, cet ancêtre sauvage du cochon est à l’origine de dégâts importants. Les champs sont visités la nuit par les hordes de sangliers, et même les arboriculteurs se désolent des dégâts occasionnés par ces animaux, qui s’adaptent à toutes les situations.
Et avec le climat qui devient de plus en plus chaud et sec, les sangliers sortent des bois pour se rapprocher des habitations humaines. Il semble impossible de pouvoir lister les responsabilités de chacun, mais il semble bien que ces dernières soient partagées.
Des efforts toujours plus importants et une situation hors de contrôle
Les chasseurs sont souvent pointés du doigt, et pourtant ils affirment, chiffres à l’appui, qu’ils ont tout fait depuis des années pour limiter cette envolée démographique. Dans les années 1970, 2.2 millions de chasseurs abattaient en moyenne 36.000 bêtes par an (1973). Aujourd’hui, alors que le nombre de chasseurs a été divisé par deux (à peine un million en 2020), ce sont 747.000 sangliers qui sont abattus.
Et cela ne suffit pas, et les naturalistes expliquent que la fécondité du sanglier continue de progresser. La situation semble désormais hors de contrôle. Alors faudra-t-il recourir à un abattage massif dans les années à venir ou au contraire apprendre aux hommes, en ville comme à la campagne, à vivre avec le sanglier ? La question est posée…
